AFC/M23 : la stratégie du double jeu et la manipulation des populations meurtries de l’Est du Congo (Par Éric Kamba, Essayiste et analyste géopolitique)
Kinshasa, 24 décembre 2025 (ACP)-Par-delà les discours, les mises en scène et les manœuvres de communication, la réalité du terrain finit toujours par rattraper les entreprises de déstabilisation. Ce qui se déroule aujourd’hui à Goma n’est ni spontané, ni populaire, encore moins démocratique. Il s’agit d’une stratégie cynique, dangereuse et préméditée, orchestrée par la rébellion AFC/M23, avec le soutien actif du Rwanda, sous l’autorité politique de Paul Kagame.
Des engagements trahis, un accord vidé de son sens
Il y a quelques semaines, Corneille Naanga a librement apposé sa signature sur les principes d’accord de Doha, négociés avec le gouvernement congolais sous l’égide du Qatar.
Ces engagements, faut-il le rappeler, n’étaient ni symboliques ni facultatifs. Ils incluaient notamment le retrait des forces rebelles de la ville d’Uvira, récemment occupée avec l’appui direct de troupes rwandaises.
Ce processus n’était pas le fruit d’un hasard diplomatique : il faisait suite à de fortes pressions exercées sur Kigali, notamment par les États-Unis, soucieux d’éviter une escalade régionale incontrôlable. Or, aujourd’hui, toute honte bue, le même Naanga foule aux pieds sa parole donnée.
La marche forcée de Goma : une manipulation grossière
À Goma, une population meurtrie, affamée, déplacée, traumatisée par des années de guerre par procuration est désormais contrainte de descendre dans la rue pour soutenir celui-là même qui est à l’origine de son malheur.
On tente de faire dire au peuple ce qu’il ne pense pas. On lui impose des slogans qu’il n’a jamais choisis. On lui prête une volonté politique qui ne lui appartient pas.
Posons la seule question qui vaille :
Corneille Naanga croit-il réellement que cette population, qui a tout perdu à cause de cette guerre égoïste et instrumentalisée, souhaite sincèrement sa présence à Goma ? La réponse est évidente : non.
Derrière la mise en scène : le projet de balkanisation
Ce qui se prépare sous couvert de “marche populaire” est bien plus grave.
Il s’agit d’une manœuvre de légitimation forcée visant à amener cette même population affamée à réclamer la sécession, à accepter l’idée d’une prétendue “République de l’Est”.
En clair, il s’agit de mettre à jour, sans masque, le vieux projet de balkanisation de la République démocratique du Congo.
Le peuple congolais n’est pas dupe.
Et la communauté internationale ne peut plus feindre l’ignorance.
Avertissement solennel à la communauté internationale
Nous prenons ici la communauté internationale à témoin. Nous la prévenons explicitement de cette manigance orchestrée par Corneille Naanga et son maître politique, Paul Kagame.
Les accords doivent être respectés.
La parole donnée engage.
Et nul n’est au-dessus de l’ordre international.
Les États-Unis, en particulier, ont la responsabilité morale et politique de faire respecter les engagements arrachés sous leur médiation indirecte. Ni Naanga, ni Kagame ne sont assez puissants pour défier impunément les États-Unis, la région des Grands Lacs et le monde entier.
Avant l’irréparable
L’histoire a suffisamment montré ce qui arrive lorsque la communauté internationale tarde à agir.
Si des mesures fermes, dissuasives et exemplaires ne sont pas prises maintenant, le risque est immense que l’irréparable s’accomplisse.
La paix ne se construit pas sur la manipulation des peuples. La légitimité ne se fabrique pas sous la contrainte. Et la balkanisation du Congo ne passera pas par la faim, la peur et la coercition.
La punition ultime s’impose — avant qu’il ne soit trop tard.
Éric Kamba
Analyste géopolitique | Essayiste | Auteur
Spécialiste des dynamiques sécuritaires et diplomatiques en Afrique centrale
Auteur de Le Pouvoir caché de la diplomatie informelle : quand l’État ne suffit plus